Les troubles dans la période périnatale

Pourquoi se faire accompagner pendant la grossesse et/ou après son accouchement ?

La période périnatale, comprenant la grossesse, la naissance et la première année post-partum, est une période de remaniements profonds sur les plans biologique, physiologique, social et émotionnel possiblement à l’origine d’une plus grande vulnérabilité des femmes au regard des troubles tels que l’anxiété ou la dépression. Une étude française menée en 2021 a montré que 2 mois après l’accouchement, une femme sur six présentait une dépression du post-partum, plus d’une sur quatre présentait un niveau d’anxiété important, et qu’une femme sur vingt déclarait avoir des idées suicidaires. La prévention et le traitement des troubles de l’humeur et des troubles anxieux dans la période périnatale apparaissent donc comme une question majeure de santé publique.

Dans ce contexte, l’accompagnement pendant la période périnatale apparaît comme un levier essentiel de prévention et de soin, qui gagne à être proposé dès l’émergence des premières difficultés, quelle que soit leur intensité, sans attendre une dégradation majeure de la santé psychique. Cette démarche permet notamment d’identifier et de prendre en charge les troubles psychiques les plus fréquemment rencontrés au cours de cette période qui sont brièvement décrits ci-après.

Grossesse et anxiété

« C., enceinte de six mois, se sent envahie par des inquiétudes constantes. Elle se demande souvent si son bébé se développe normalement et craint qu’un problème n’apparaisse à tout moment. Elle doute aussi de sa capacité à devenir une “bonne mère” et anticipe avec angoisse la douleur et le déroulement de l’accouchement. Malgré des examens médicaux rassurants, ses préoccupations persistent et génèrent des tensions : elle dort mal, a du mal à se concentrer et se sent épuisée. »

Les troubles anxieux peuvent apparaître pendant la grossesse. Le trouble d’anxiété généralisée concernerait entre 1,3 % et 8,5 % des femmes enceintes. Il se manifeste par des inquiétudes fréquentes et difficiles à contrôler, souvent centrées sur la santé du bébé, la grossesse ou l’accouchement. Cette anxiété s’accompagne souvent d’une hypervigilance, de troubles du sommeil, de tensions physiques ou de petits problèmes de santé à répétition. Lorsque ces préoccupations deviennent envahissantes, il peut être utile de se faire accompagner. En effet, une anxiété importante pendant la grossesse constitue un facteur de risque pour la dépression du post-partum.

Dépression anténatale

« M., enceinte de sept mois, consulte car elle se sent triste et épuisée depuis plusieurs semaines. Alors qu’elle pensait vivre sa grossesse avec joie, elle se sent souvent découragée et pleure facilement. Elle a perdu l’envie de faire des choses qu’elle appréciait habituellement et se sent très fatiguée, même lorsqu’elle se repose. Elle se reproche de ne pas réussir à se réjouir de sa grossesse et craint de ne pas créer de lien avec son bébé. Elle dort mal, se sent ralentie et a parfois l’impression d’être une “mauvaise future mère”. »

La dépression peut également apparaître pendant la grossesse et concernerait environ 5 à 12 % des femmes enceintes. Elle n’est pas toujours facile à reconnaître : certaines femmes continuent à assurer leur quotidien et la dépression peut prendre une forme plus discrète, parfois associée à de l’anxiété. Les manifestations physiques sont fréquentes, comme une fatigue importante ou des troubles du sommeil, qui peuvent facilement être attribués à la grossesse. Certaines femmes hésitent aussi à parler de leur tristesse ou de leur découragement, par culpabilité de ne pas se sentir heureuses pendant cette période. Se faire accompagner peut être important, car la dépression pendant la grossesse constitue un facteur de risque pour la dépression du post-partum, et un soutien précoce permet souvent d’améliorer le bien-être de la mère et de préparer plus sereinement l’arrivée du bébé.

Dépression du post-partum

« Après la naissance de son premier enfant, A. se sent envahie par une tristesse persistante, une grande fatigue et un sentiment de décalage avec l’image qu’elle se faisait de la maternité. Elle ressent une grande lassitude : elle a le sentiment de revivre chaque journée de la même manière, sans avancée ni répit. Elle pleure très souvent mais se dit que c’est juste la fatigue. Malgré l’absence de difficultés médicales, elle peine à éprouver du plaisir et culpabilise de ne pas se sentir à la hauteur. »

La dépression du post-partum peut survenir dans les semaines ou les mois suivant l’accouchement. Elle concerne entre 10 % et 20 % des femmes : c’est donc une difficulté fréquente, mais souvent difficile à exprimer dans cette période où l’on serait censée se sentir pleinement heureuse. La dépression du post-partum se manifeste par une tristesse persistante, une perte d’intérêt ou de plaisir, une fatigue intense, des troubles du sommeil (au-delà des réveils liés au bébé) ainsi qu’un sentiment de culpabilité ou d’incompétence maternelle. En tout cas, il est important de ne pas rester seule face à ces difficultés et de se faire accompagner.

Trouble post-traumatique après l’accouchement

« Après une césarienne en urgence, S. a vécu son accouchement comme une expérience négative où elle s’est sentie impuissante et a eu peur pour sa vie et celle de son bébé. De retour à la maison, elle fait régulièrement des cauchemars au sujet de la naissance et évite de repenser à l’accouchement ou d’en parler. Elle est souvent sur le qui-vive, attentive au moindre bruit, et elle a tendance à toujours imaginer que quelque chose de grave pourrait arriver. Ces difficultés lui font perdre confiance en ses capacités de mère et l’isolent de son entourage. »

L’accouchement est un moment qui peut être particulièrement stressant pour certaines femmes. Pour certaines, l’expérience peut même être vécue comme traumatique. Les études indiquent qu’entre 19 et 48 % des femmes rapportent avoir vécu un accouchement traumatique. Si la majorité des femmes voient leurs symptômes s’estomper rapidement, certaines peuvent développer un trouble de stress post-traumatique post-partum. Il se caractérise par des intrusions (pensées, flashbacks, cauchemars), un évitement des lieux ou situations rappelant la naissance, une humeur instable, de l’irritabilité, des difficultés de concentration ainsi qu’une hypervigilance.

Deuil périnatal

Le deuil périnatal, qu’il fasse suite à une interruption médicale de grossesse (IMG) ou à une mort in utero, constitue une expérience psychique particulièrement éprouvante. Il confronte les parents à une perte brutale souvent traumatique, survenant à un moment où l’investissement affectif et les projections parentales sont déjà fortement engagés. Ce deuil présente une double composante : d’une part le deuil de l’enfant réel avec la perte d’un être déjà investi ; d’autre part, le deuil de l’enfant imaginaire, porteur des espoirs et de l’histoire parentale en devenir. Cette intrication rend le processus de deuil complexe, parfois prolongé, et souligne l’importance d’un accompagnement spécifique et précoce.

Sources

Doncarli, A., Tebeka, S., & Demiguel, V. (2023). Prévalence de la dépression, de l’anxiété et des idées suicidaires à deux mois post-partum : données de l’enquête nationale périnatale 2021 en France hexagonale. Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, (18), 348–360. https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2023/18/2023_18_1.html

Dubertret Caroline, De Pradier Marie, « Chapitre 46. Liaison en obstétrique et en périnatologie », dans : Cédric Lemogne éd., Psychiatrie de liaison. Cachan, Lavoisier, « Psychiatrie », 2018, p. 502-509. URL : https://www.cairn.info/psychiatrie-de-liaison–9782257206923-page-502.htm

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